Archive pour mai, 2008

Vous les femmes, vous les homosexuels…

C’est toujours drôle d’attraper une conversation envenimée en cours de route, et d’essayer de comprendre qui est l’objet des accusations; comme dans un roman policier, on échafaude des hypothèses et, parfois, on a le bonheur de se tromper.

Ainsi, on s’amuse à reprendre les reproches faites à la radio ou au jazz et à les appliquer à la télé ou au rap… Ou que les motivations homophobes recouvrent les motivations sexistes. Que reproche-t-on aux femmes dites « modernes » et aux homosexuels (qui, comme on le disait dans un post précédent, sont « inévitablement » modernes)? Eh bien, la même chose. Ou, plutôt, les mêmes trois choses:

1- Le refus de la tradition et de la famille

En effet, celles qu’on appelle « féministes » dès l’aube de l’émancipation féminine semblent d’abord refuser le rôle qui est le leur dans l’organisation familiale ; elles quittent leurs tâches traditionnelles à la maison, voir la maison elle-même, pour brider des rôles traditionnellement masculins (le travail) ou pour les soustraire à la dimension accessoire et en faire le centre de leur univers (l’amitié, l’art et la littérature, voire les occupations domestiques elles-mêmes, qui sortent de la sphère privée pour devenir un métier ou une passion à part entière). Ce qu’on reproche à la femme qui s’émancipe, ce n’est pas tant le fait d’ajouter à son rôle des activités supplémentaires, mais plutôt d’en faire le centre de sa vie et de son activité, et de nier donc une centralité unique à la famille et à l’homme.

Pour les homosexuels, les accusations sont les mêmes : qu’ils soient hommes ou femmes, « niant » l’organisation familiale traditionnelle, ils nient la centralité du rôle masculin dans la société civile. Du moment où les rôles de genre ne sont plus présents tels que la tradition les établit, on craint une subversion du modèle identitaire commun.

2 – Le refus de l’unité identitaire et culturelle

Ce modèle identitaire commun se fonde tout d’abord sur la binarité sexuelle (on est totalement homme ou on est totalement femme) et sur la complémentarité des rôles attribués aux sexes ; la stabilité sociale est mise à mal par des identités qui ne remplissent pas de la même manière les rôles qu’on leur attribue. Il s’agit d’ailleurs d’une réaction que nous partageons tous plus ou moins, car notre culture et notre sensibilité personnelle se fondent aussi sur la culture sociale qu’on nous a transmis ; ainsi, nous ne portons pas le même regard sur homme ou sur une femme – et c’est inévitable et parfois même très riche : nous ne sommes pas tous pareils, les hommes sont différents des femmes et ils s’enrichissent de leurs diversités, mais à condition que ces diversités soient libérées de toute hiérarchisation ou cantonnement à un rôle plutôt qu’à un autre. Dès lors qu’on établit des rôles à tenir, on éduque les individus en vue de ces rôles et on y fonde des traditions qui construisent une identité collective aux dépens de ceux qui ne s’y reconnaissent pas. La culture collective et sociale nie donc souvent avec violence les particularités et, ce faisant, elle nuit indirectement à tous ces membres, car nous sommes faisons tous à un moment ou à un autre partie d’une minorité au sein de la majorité.

Le changement de repères que l’affirmation de sa diversité impose est vécu, dans le cas des féministes comme dans celui des homosexuels, comme une subversion de l’équilibre identitaire commune.

3 – Le refus d’une sexualité « normale »

Enfin, la condamnation la plus forte et la plus ambiguë est celle du refus de la sexualité dite normale. Ainsi, la sexualité hors du mariage (qui découle pour les féministes de la nouvelle liberté acquise, et pour les homosexuels de l’absence du mariage) implique le refus du partenaire sexuel unique en tant qu’obligation ; toutefois, on pourra remarquer que, d’un côté, le fait d’être féministe et/ou homosexuel n’exclut pas du tout le choix d’un partenaire sexuel et/ou sentimental unique pour toute la vie ; d’ailleurs, les hommes hétérosexuels qui font ce choix sans y être poussés par la société le prouvent. De l’autre côté, cette obligation sociale a toujours épargné les hommes hétérosexuels, étant une preuve de plus de la hiérarchisation sociale du genre. La condamnation de tout acte sexuel non finalisé à la procréation procède de cette même hiérarchisation, quoique elle ait subi des évolutions énormes au fil des siècles : le recours à la prostitution pour les hommes hétérosexuels, l’effacement de l’onanisme (la masturbation) de la liste des perversions en 1887, les combats gagnés par les féministes comptent parmi les exemples des « dérogations » accordées ; toutefois, les femmes et les homosexuels sont encore fortement critiqués par la société à cause de cette sexualité inspirée du plaisir et non de la procréation. Enfin, le sous-entendu de liberté sexuelle débridée accompagne le regard porté sur les féministes et sur les homosexuels, avec en plus pour ces derniers une définition de la sexualité comme facteur identitaire premier. Or, la sexualité occupe bien sûr une partie essentielle de notre vie à tous, mais l’identité d’une personne ne se réduit pas à elle, dans aucun cas ; les homosexuels sont au contraire identifiés en premier lieu par leur objet de désir sexuel.

Alors que nous sommes tous censés être hétérosexuels et que nous ne devons donc pas annoncer nos désirs à notre famille, à notre supérieur ou à nos amis, un homosexuel se trouve très vite confronté à un choix : la clandestinité ou l’annonce, les deux ayant des conséquences importantes et peu prévisibles dans la vie quotidienne et dans les relations avec l’entourage, même le plus intime. De là naît aussi, avec l’exposition à différents types de discrimination, un sentiment de révolte et de revendication, y compris politique.

Bien sûr, cet éventuel engagement social et/ou politique, ce « besoin de manifester », est également la cible des reproches de la part des « autres »… Mais c’est une autre histoire…

© texte protégé, 2008, rdl

 

freddiejimdorothy.jpeg

 

Publié dans:femmes, homophobie, prejuges |on 15 mai, 2008 |2 Commentaires »

réalité

kot.jpg

 

« CE QUI COMPTE LE PLUS POUR MOI »

Traduction:

Mon chat.

Je n’ai pas de chat.

 

 

Dessin réalisé par un jeune homme polonais, handicapé mental, pour l’exposition « Ce qui compte le plus pour moi », Cracovie, Pologne (automne 2005).

© texte et image protégés, 2008, rdl

Publié dans:handicap, images, nous et vous |on 14 mai, 2008 |Pas de commentaires »

Réfugiés de l’Homophobie

 

Mon titre reprend celui de l’article paru dans Libération aujourd’hui (http://www.liberation.fr/transversales/grandsangles/326146.FR.php); les réfugiés en question sont des jeunes bannis par leurs familles une fois leur homosexualité révélée (volontairement ou pas). Après un parcours plus ou moins long, plus ou moins chaotique, plus ou moins chanceux, ils atterrissent dans ce centre d’hébergement qui les aide à réorganiser un quotidien soudainement brisé.

Que dire? Plein de choses, évidemment, sur l’absurdité de l’homophobie, du rejet, de la violence et des préjugés; mais, une fois de plus, il est bien plus facile de répondre aux attaques qu’aux défenses ambigües. Au propre et au figuré, on est parfois armé contre les agressions, on l’est rarement contre les caresses déplacées.

Ainsi, je lis le commentaire d’un lecteur de Libération sur le site:

« Je pense que la comparaison entre les femmes battues et les homosexuels rejetés par leurs parent est franchement maladroite car les ados homos ne choisissent pas leurs parents. Je sais qu’après une enfance sous diverses humiliations et de discriminations, une fois adulte le gay a plus de chance de s’épanouir dans sa sexualité car plus riche et variée. Avec la crise économico-sociale l’hypergamie plonge de plus en plus d’hétéros hommes dans la frustration et la disette. Les homos, malgré les clichés remplis d’envie , sont nettement plus ouverts, tolérants, raffinés, cultivés que ses pairs hétéros. Les couples hétérosexuel sont d’une banalité affligeante qu’ils relèguent l’amour en un mot galvaudé ».

Visiblement davantage outré par le parallèle établi par un autre lecteur entre ce centre d’hébergement et ceux qui accueillent les femmes battues, il le refuse au nom du choix: on ne choisit pas un parent homophobe, on choisit un mari violent. Cette évidence est déconcertante. Ainsi, les femmes battues seraient les victimes d’un choix, puisque les hommes qu’elles ont aimés étaient bien évidemment constamment, anciennement, visiblement et inévitablement violents avant que l’amour les lie à eux, puisqu’on sait bien que les criminels, les personnes violentes et les monstres sont exclus par nature des évolutions et des imprévus que connaissent les « hommes normaux », et ne vivent des histoires d’amour que par erreur.

Deuxième évidence: la sexualité homosexuelle, « naturellement » plus riche et variée, permet un épanouissement que les freins, la banalité et la pauvreté des amours hétérosexuels interdit. Bien évidemment, tout bon hétérosexuel se contente d’une relation de survie, rêvant en secret aux banquets sexuels infiniment délicieux que l’homosexualité, avec sa fantaisie débridée et sa liberté heureuse, réserve derrière la palissade. Ceux qui ont eu la chance et le courage de suivre leurs goûts seront récompensés; ceux qui sont restés enchaînés à leur envie ringarde de l’autre sexe repasseront.

Troisième évidence: les jeunes homosexuels passent inévitablement par des humiliations, qui aboutissent inévitablement par le développement d’une personnalité plus ouverte, tolérante, raffinée et cultivée. Être homosexuel, à condition de serrer les dents quelques temps, est finalement l’occasion rêvée d’échapper aux chaînes du monde, d’acquérir une humanité interdite aux hétérosexuels, d’accéder à une noblesse et une culture qui en feront l’élite du genre humain. Héroïques, ils guideront les foules, un jour, comme le Messie.

Cette vision des choses est une somme d’équivalences aberrantes qui me semblent plus affligeantes encore que les attaques homophobes. Comment affronter l’embarras d’être défendu par quelqu’un qui nous demande ensuite, souriant et confiant, d’être un être supérieur? Quand est-ce qu’on arrêtera de répondre aux humiliations par l’humiliation des autres? J’ai envie de proposer une minute de silence pour les souffrances des femmes battues par des hommes dignes d’amour, des homosexuels monogames ou peu cultivés ou qui n’aiment pas le shopping, des victimes qui ne sont pas devenus des héros, des hétérosexuels bornés qui tremblent de plaisir avec leurs amant(e)s – mais je suis bête, ils n’existent pas.

Dans la même série:

« T’es lesbienne?! Génial! »

« T’as couché avec un Noir? Ah, la chance! »

« T’es colombienne? Tu peux m’apprendre la Salsa? »

© texte protégé, 2008, rdl
http://www.dailymotion.com/video/xmyc9

Publié dans:homophobie, nous et vous, prejuges |on 14 mai, 2008 |2 Commentaires »

Miss-ing

« La beauté du monde, qui est si fragile, a deux arêtes, l’une de rire, l’autre d’angoisse, coupant le coeur en deux » (Virginia Woolf)

Que pensez-vous des concours de beauté? A quoi pensez-vous quand vous pensez aux concours de beauté?

Seize femmes, aux Etats-Unis, participent à un concours de beauté parce qu’elles sont laides: c’est Miss Swan.

Dix-huit femmes, en Angola, participent à un concours de beauté parce qu’elles sont mutilées: c’est Miss Landmine.

Les candidates de Miss Swan sont choisies pour leur laideur physique et leur mal-être psychologique; pendant trois mois, au cours desquels elles n’ont accès ni à leur entourage ni au miroir, elles font l’objet d’un programme de « relooking extrême » avant l’étape finale du concours, qui récompensera la « meilleure transformation ». L’émission joue ouvertement sur le lien prétendument « naturel » entre physique et détresse, comme si ce remodelage extrême du corps allait de pair avec le remodelage de l’esprit. La misère des candidates est réelle et sincère, comme leur espoir… et ceux du public aussi. Elles se confient les yeux fermés (littéralement) à des « professionnels » à qui on demande de les transformer en quelqu’un d’autre, physiquement et moralement. Ce qui les motive n’est pas de corriger un nez, de perdre des kilos ou de surmonter une angoisse, mais bien de devenir quelqu’un d’autre, et cette nouvelle image intérieure et extérieure est choisie par des « professionnels », pas par les candidates. Que reste-t-il des personnes qu’elles étaient? De leur peurs particulières, de leur manière particulière de se vivre, de ce qu’elles ont développé en réaction aux difficultés? En tout cas, tout est effacé – pas par elle, qui veulent juste disparaître, mais par une équipe qui vise et juge uniquement la transformation.Les Barbies obtenues, d’ailleurs, sont d’une beauté si banale, si lisse et artificielle, qu’elles sont transparentes – et si c’était là leur but inavoué?

Les candidates de Miss Landmine clament le même « droit à être magnifiques » que les candidates de Miss Swan, ce qui distingue les unes et les autres des candidates aux concours de beauté « classiques ». Miss Swan est « miss cygne », qui aurait oublié le vilain petit canard; Miss Landmine est « miss mine antipersonnelle », qui porte la marque de la violence. Elle a eu le pied, la jambe, la main, la peau arrachés par l’explosion imprévue d’une mine. Miss Landmine a failli disparaître; est-elle exclue de la beauté? Est-elle exclue de la transparence? Est-elle là, une fois pour toutes? Qu’expose-t-elle? Etait-elle belle, « avant »? Est-elle belle, « après »?

Miss Swan a effacé son histoire, Miss Landmine en avoue le souvenir.

©  texte protégé, 2008, rdl
misslandmine2.jpgmisslandmine.gifmisslandmine.gifmisslandmine3.jpgmisslandmine2.jpg

Publié dans:beaute, femmes, handicap, images |on 14 mai, 2008 |2 Commentaires »

Cent cultures? Sur un blog? Ah bon?

 

Cent cultures

Sans culture(s)

Sang culture

S’inculture

…tout ça, sur un blog? C’est ce qu’on va voir…

Un lieu commun qui n’en sera peut-être pas

un, pour découvrir, partager, regarder et se

passionner.

Fête du bruit! ;)

Publié dans:blog |on 14 mai, 2008 |Pas de commentaires »

stadedijonfootball |
vlad6bathory |
laurinda |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | brest2008terresetmersdebret...
| Commune de GODEWAERSVELDE
| syndicalisme