Miss-ing

« La beauté du monde, qui est si fragile, a deux arêtes, l’une de rire, l’autre d’angoisse, coupant le coeur en deux » (Virginia Woolf)

Que pensez-vous des concours de beauté? A quoi pensez-vous quand vous pensez aux concours de beauté?

Seize femmes, aux Etats-Unis, participent à un concours de beauté parce qu’elles sont laides: c’est Miss Swan.

Dix-huit femmes, en Angola, participent à un concours de beauté parce qu’elles sont mutilées: c’est Miss Landmine.

Les candidates de Miss Swan sont choisies pour leur laideur physique et leur mal-être psychologique; pendant trois mois, au cours desquels elles n’ont accès ni à leur entourage ni au miroir, elles font l’objet d’un programme de « relooking extrême » avant l’étape finale du concours, qui récompensera la « meilleure transformation ». L’émission joue ouvertement sur le lien prétendument « naturel » entre physique et détresse, comme si ce remodelage extrême du corps allait de pair avec le remodelage de l’esprit. La misère des candidates est réelle et sincère, comme leur espoir… et ceux du public aussi. Elles se confient les yeux fermés (littéralement) à des « professionnels » à qui on demande de les transformer en quelqu’un d’autre, physiquement et moralement. Ce qui les motive n’est pas de corriger un nez, de perdre des kilos ou de surmonter une angoisse, mais bien de devenir quelqu’un d’autre, et cette nouvelle image intérieure et extérieure est choisie par des « professionnels », pas par les candidates. Que reste-t-il des personnes qu’elles étaient? De leur peurs particulières, de leur manière particulière de se vivre, de ce qu’elles ont développé en réaction aux difficultés? En tout cas, tout est effacé – pas par elle, qui veulent juste disparaître, mais par une équipe qui vise et juge uniquement la transformation.Les Barbies obtenues, d’ailleurs, sont d’une beauté si banale, si lisse et artificielle, qu’elles sont transparentes – et si c’était là leur but inavoué?

Les candidates de Miss Landmine clament le même « droit à être magnifiques » que les candidates de Miss Swan, ce qui distingue les unes et les autres des candidates aux concours de beauté « classiques ». Miss Swan est « miss cygne », qui aurait oublié le vilain petit canard; Miss Landmine est « miss mine antipersonnelle », qui porte la marque de la violence. Elle a eu le pied, la jambe, la main, la peau arrachés par l’explosion imprévue d’une mine. Miss Landmine a failli disparaître; est-elle exclue de la beauté? Est-elle exclue de la transparence? Est-elle là, une fois pour toutes? Qu’expose-t-elle? Etait-elle belle, « avant »? Est-elle belle, « après »?

Miss Swan a effacé son histoire, Miss Landmine en avoue le souvenir.

©  texte protégé, 2008, rdl
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Publié dans : beaute, femmes, handicap, images |le 14 mai, 2008 |2 Commentaires »

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2 Commentaires Commenter.

  1. le 14 mai, 2008 à 20:58 Maggiore écrit:

    S’il y a autant de « beauté » que de peuples, s’il y a autant de « beauté » que de cultures, s’il y a autant de « beauté » que d’âges, comment pourrait-on définir la beauté ? Comment pourrait-on l’analyser, la décortiquer, la fouiller, l’interroger, ou tout simplement l’accueillir ? Et où, à quelle adresse, quel lieu, quelle époque…
    Ce que je crois, tout simplement, c’est que la beauté peut vivre et vibrer dans les yeux de celui qui la regarde seulement à condition quelle soit « elle-même », qu’elle soit authentique. Elle peut véhiculer un message, mais elle ne peut pas être victime du message qu’elle porte. Elle ne peut pas être « à condition que ». Autrement la beauté devient image, et l’image est artifice, tromperie, pure construction sans contenu, ou bien obtention d’un but en faussant le contenu. Alors, on ne peut pas être belle à condition d’avoir été laide avant, on ne peut pas être belle à condition d’être mutilée, on ne peut pas être belle à condition d’être au bon endroit au bon moment. En revanche on peut être belle même si on est mutilée – mais dans ce cas on l’est tout court et non pas dans le plateau/réserve d’un concours de beauté réservé aux mutilés.

  2. le 16 mai, 2008 à 23:30 100cultures écrit:

    « Nous autres Orientaux nous créons de la beauté en faisant naître des ombres dans des endroits par eux-mêmes insignifiants ». Junichiro Tanizaki

    Merci Maggiore… Est-ce que la beauté serait finalement la liberté de la nécessité d’un but, d’un avant, d’une explication, d’autre chose pour la soutenir? Est-ce qu’elle serait alors une histoire (de grâce, de désirs, d’ombres) à elle toute seule?

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