Réfugiés de l’Homophobie

 

Mon titre reprend celui de l’article paru dans Libération aujourd’hui (http://www.liberation.fr/transversales/grandsangles/326146.FR.php); les réfugiés en question sont des jeunes bannis par leurs familles une fois leur homosexualité révélée (volontairement ou pas). Après un parcours plus ou moins long, plus ou moins chaotique, plus ou moins chanceux, ils atterrissent dans ce centre d’hébergement qui les aide à réorganiser un quotidien soudainement brisé.

Que dire? Plein de choses, évidemment, sur l’absurdité de l’homophobie, du rejet, de la violence et des préjugés; mais, une fois de plus, il est bien plus facile de répondre aux attaques qu’aux défenses ambigües. Au propre et au figuré, on est parfois armé contre les agressions, on l’est rarement contre les caresses déplacées.

Ainsi, je lis le commentaire d’un lecteur de Libération sur le site:

« Je pense que la comparaison entre les femmes battues et les homosexuels rejetés par leurs parent est franchement maladroite car les ados homos ne choisissent pas leurs parents. Je sais qu’après une enfance sous diverses humiliations et de discriminations, une fois adulte le gay a plus de chance de s’épanouir dans sa sexualité car plus riche et variée. Avec la crise économico-sociale l’hypergamie plonge de plus en plus d’hétéros hommes dans la frustration et la disette. Les homos, malgré les clichés remplis d’envie , sont nettement plus ouverts, tolérants, raffinés, cultivés que ses pairs hétéros. Les couples hétérosexuel sont d’une banalité affligeante qu’ils relèguent l’amour en un mot galvaudé ».

Visiblement davantage outré par le parallèle établi par un autre lecteur entre ce centre d’hébergement et ceux qui accueillent les femmes battues, il le refuse au nom du choix: on ne choisit pas un parent homophobe, on choisit un mari violent. Cette évidence est déconcertante. Ainsi, les femmes battues seraient les victimes d’un choix, puisque les hommes qu’elles ont aimés étaient bien évidemment constamment, anciennement, visiblement et inévitablement violents avant que l’amour les lie à eux, puisqu’on sait bien que les criminels, les personnes violentes et les monstres sont exclus par nature des évolutions et des imprévus que connaissent les « hommes normaux », et ne vivent des histoires d’amour que par erreur.

Deuxième évidence: la sexualité homosexuelle, « naturellement » plus riche et variée, permet un épanouissement que les freins, la banalité et la pauvreté des amours hétérosexuels interdit. Bien évidemment, tout bon hétérosexuel se contente d’une relation de survie, rêvant en secret aux banquets sexuels infiniment délicieux que l’homosexualité, avec sa fantaisie débridée et sa liberté heureuse, réserve derrière la palissade. Ceux qui ont eu la chance et le courage de suivre leurs goûts seront récompensés; ceux qui sont restés enchaînés à leur envie ringarde de l’autre sexe repasseront.

Troisième évidence: les jeunes homosexuels passent inévitablement par des humiliations, qui aboutissent inévitablement par le développement d’une personnalité plus ouverte, tolérante, raffinée et cultivée. Être homosexuel, à condition de serrer les dents quelques temps, est finalement l’occasion rêvée d’échapper aux chaînes du monde, d’acquérir une humanité interdite aux hétérosexuels, d’accéder à une noblesse et une culture qui en feront l’élite du genre humain. Héroïques, ils guideront les foules, un jour, comme le Messie.

Cette vision des choses est une somme d’équivalences aberrantes qui me semblent plus affligeantes encore que les attaques homophobes. Comment affronter l’embarras d’être défendu par quelqu’un qui nous demande ensuite, souriant et confiant, d’être un être supérieur? Quand est-ce qu’on arrêtera de répondre aux humiliations par l’humiliation des autres? J’ai envie de proposer une minute de silence pour les souffrances des femmes battues par des hommes dignes d’amour, des homosexuels monogames ou peu cultivés ou qui n’aiment pas le shopping, des victimes qui ne sont pas devenus des héros, des hétérosexuels bornés qui tremblent de plaisir avec leurs amant(e)s – mais je suis bête, ils n’existent pas.

Dans la même série:

« T’es lesbienne?! Génial! »

« T’as couché avec un Noir? Ah, la chance! »

« T’es colombienne? Tu peux m’apprendre la Salsa? »

© texte protégé, 2008, rdl
http://www.dailymotion.com/video/xmyc9

Publié dans : homophobie, nous et vous, prejuges |le 14 mai, 2008 |2 Commentaires »

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2 Commentaires Commenter.

  1. le 16 mai, 2008 à 2:57 [moi] écrit:

    « Troisième évidence: les jeunes homosexuels passent inévitablement par des humiliations, qui aboutissent inévitablement par le développement d’une personnalité plus ouverte, tolérante, raffinée et cultivée. Être homosexuel, à condition de serrer les dents quelques temps, est finalement l’occasion rêvée d’échapper aux chaînes du monde, d’acquérir une humanité interdite aux hétérosexuels, d’accéder à une noblesse et une culture qui en feront l’élite du genre humain. Héroïques, ils guideront les foules, un jour, comme le Messie. »

    Zut alors ce n’est pas le cas ? MDR

  2. le 16 mai, 2008 à 22:53 100cultures écrit:

    Bonsoir [moi]! Comme je l’ai écrit sur ton blog (http://www.blogdemoi.com/2008/05/16/non/), découvrir l’autre (ou découvrir que l’autre… c’est nous!) est un véritable choc sensible et intellectuel qui peut devenir un virage, une porte ouverte à une nouvelle sensibilité, d’autant plus si le « trouble » vient d’une partie aussi intime et profonde de soi que la sexualité…
    Les expériences sont autant d’occasions uniques de s’ouvrir (ou se fermer) à d’autres facettes de soi… Mais si le fait d’être en accord avec une norme donnée est bien souvent un accident et non un choix, est-ce qu’on est le fruit du hasard?
    Est-ce qu’on est ce qu’on a souffert? Est-ce qu’on est le remède qu’on a trouvé à sa souffrance?
    Ca promet d’autres réflexions…

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