Un prix pour les Integrés de la République

 

 

Quelques extraits du texte intitulé « Nous ne sommes pas des modèles d’intégration », publié  le 11 septembre 2008 par le collectif Les Rageuses (http://lesrageuses.blogspot.com/) à propos du Prix de l’Intégration:

 

« Le Ministère de l’Immigration, de l’Intégration et de l’Identité Nationale vient tout juste de créer, par arrêté, un «prix de l’intégration» (3000 euros de «gratification financière»  en vue de le décerner à ceux «ayant accompli un parcours personnel d’intégration ayant une valeur d’exemplarité de par son implication dans la vie économique, sociale, associative, civique, environnementale, culturelle ou sportive» (Arr. 16 juin 2008, NOR : IMIK0814398A : JO, 26 juin).

 

Nous refusons, par avance, ce type de distinction qui n’est pas sans rappeler la figure coloniale de «l’évolué», chargé d’assurer la médiation entre les «civilisateurs» et la masse indigène à «civiliser». Le fait même que ce prix soit attribué «sans condition de candidature» montre bien qu’il s’agit là d’un rôle qu’on nous fait tenir à notre corps défendant. Nous, issu-e-s de l’immigration postcoloniale, des quartiers dits «sensibles», descendant-e-s d’esclaves, refusons que soient instrumentalisés nos parcours personnels, nos réussites scolaires, sociales ou professionnelles, ou encore notre maîtrise de la langue française et de la culture «légitime», en vue de mieux stigmatiser ceux des nôtres qui ont pris d’autres chemins relevant moins de «la bonne intégration».

Nous, les «miraculé-e-s», ne voulons pas cautionner le «modèle français d’intégration» fondé sur un illusoire «quand on veut, on peut»: notre propre expérience, comme celles de nos proches, nous montre que nombreux sont les nôtres qui veulent, et ne font pas que vouloir, qui font (et plutôt deux fois plus que les autres) mais ne peuvent pas abattre seuls le mur d’une discrimination systémique (à l’emploi, au logement, etc.) et n’ont peut-être pas eu, comme nous, la chance de pouvoir profiter d’une des rares brèches de ce mur.

Par ailleurs, notre réussite ne tombe pas sous le sens, elle n’est que tolérée. Cette réussite est soumise, plus que pour d’autres, à l’excellence: nos parcours, et ceux des nôtres, nous montrent combien nous n’avons pas le droit à l’erreur et il suffit du moindre écart, de la moindre faute, pour nous voir ramené-e-s à « nos origines ». Et lorsque une « anomalie » entache le parcours d’un des nôtres, elle n’est pas jugée comme purement individuelle, comme pour d’autres, mais sert, trop souvent, à jeter le discrédit sur toute une communauté (ethnique ou religieuse).

[...]

Nous ne sommes pas à vendre. Et s’il existe un prix à payer afin d’obtenir notre respect, il ne s’agit ni de ces 3000 euros, ni de médailles en chocolat mais, notamment, de la mise en place d’une véritable politique publique (assortie de moyens conséquents) contre les discriminations qui existent massivement que ce soit à l’embauche, au logement, dans l’accès aux loisirs, dans les médias, dans la représentation politique, dans les pratiques policières ou judiciaires. »

 

© collectif « Les Rageuses » – Disponible en version intégrale ici: http://lesrageuses.blogspot.com/search/label/Manifeste%3A%20%22Nous%20ne%20sommes%20pas%20des%20mod%C3%A8les%20d%27int%C3%A9gration%22

J’ajoute uniquement (pour l’instant!) une autre citation – de Kant cette fois-ci:

Tout a un prix ou une dignité;

et ce qui n’a pas de prix, ce qui par conséquent ne peut pas être remplacé

par quelque chose à titre d’équivalent,

 

c’est justement ce qui a une dignité.

Publié dans : blog, femmes, nous et vous, politique, prejuges |le 9 mars, 2009 |Pas de Commentaires »

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