Archive pour la catégorie 'prejuges'

Philippe Starck, sa « petite femme » et l’Islam obscurantiste

 

Philippe Starck participait au festival EXIT à Créteil, ces jours-ci, en donnant son visage à l’affiche (ou est-ce l’inverse?) et en montant sur scène pour une performance sonore à la recherche de « notre » son. Il veut émouvoir, faire pleurer peut-être, annonce-t-il dans les interviews.

Il commence en affirmant qu’il a une extraordinaire capacité d’intuition, alors qu’il n’est pas intelligent. Il faudrait toujours croire à ce que les gens disent de leur défaut; or, on est resté, se fiant à sa notoriété (dans un autre champ) et au jugement des responsables du festival (impuissant face aux bricolages narcissiques des artistes). Et maintenant on a des raisons de le croire.

Philippe Starck parle de ses émotions sonores en précisant leur lieu (Inde, New York), en faisant allusion à sa petite femme qui ne comprenait pas son choc esthétique face à la chanteuse laide qui avait mis toute sa laideur au profit de la beauté cristalline de ce son – comme si la laideur devait être rachetée, contrebalancée, expliquée par une beauté, afin d’être digne d’humanité. Il est sur scène, il agite les mains, il nous invite à écouter le cosmos avant de toussoter, soupirer, boire dans son micro – une gaffe? Non: implicitement, peut-être inconsciemment, il se place au milieu de ce cosmos.

Ce son du nous est avant tout son propre son: la nature est ce chant des baleines sur lequel il a beaucoup travaillé – dit-il, au sens qu’il l’écoutait pendant son travail; un peu comme si on disait avoir beaucoup travaillé sur le verre ou sur le bois, selon la matériau de notre bureau. Le son de l’arrivé sur terre de l’homme (après la nature – ah bon?!) est celui du battement de cœur de Starck lui-même, qui serait probablement déçu de savoir que celui d’un animal ferait le même bruit.

L’homme est donc arrivé après la nature, la (petite?) femme l’a accompagné discrètement, puis elle a inventé le chant, nous dit le designer ému: ce qui surprend n’est pas seulement que ses sources sont mystérieuses, mais que cette invention serait féminine et gratuite, généreuse, pure; or, la chanteuse sur scène chante une berceuse. Starck enchaîne: les hommes sont rentrés (tiens, ils étaient au boulot alors que leur femme s’occupait à chanter?), ils se sont aperçu que la chant était chose puissante, ils l’ont pris et instrumentalisé: 1800 ans d’obscurantisme, annonce Starck avec une solennité dégoûtée, car la religion est la négation de l’intelligence (serait-elle proche de cette intuition qui fait l’essence de Starck, alors?). Et quel son accompagne-t-il cette idée d’obscurantisme religieux? Un chant en arabe, bien sûr.

Mais l’Islam ne va pas nous écraser longtemps: le son de la vie apparaît: le son de la ville, de l’industrie. Jusqu’au moment où on entend le son de la mort de la civilisation: les deux tours ont été frappée par les avions, elles se sont écroulées.

L’apothéose de cette histoire du monde est là, il ne reste plus que faire crier le public pour vérifier la scientificité de cette épopée Starcko-centrée: si je crie très fort, est-ce que je sens que mon corps participe? Oui? Parfait! Tout est vrai alors.

Starck a présenté une explication de l’univers à l’usage de lui-même, qui voit dans l’industrie non croyante, masculine et new-yorkaise (marié à d’adorables « petites femmes » chantonnantes) l’aboutissement du cosmos, grands clichés à l’appui.

Cet adolescent isolé par son travail s’est construit un monde, et il nous en parle comme si c’était le nôtre – avec l’assurance qui vient de l’approximation choisie: il a commencé en disant qu’il va improviser, qu’il est hors de son champ de compétence et que, donc, il n’est pas intelligent – mais qu’il aimerait comprendre comme l’IRM comprend.

Et il réussit, Starck: un IRM ému nous explique que le cerveau est boursouflé, mais que parfois il y a des zones rondes, ovales, et même en forme de cœur ou de nuage. Voilà notre humanité profonde! N’est-ce pas magnifique?

Tu as gagné, Philippe: je suis en larmes.

 

Super-Starck

Hot-Dogs… pour homophobes

 

 http://www.koreus.com/video/hotdogs-for-homophobes.html

 

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Publié dans:homophobie, images, nous et vous, prejuges |on 3 novembre, 2009 |Pas de commentaires »

AiDer, AiMer? Après avoir revu « Nationale 7″…

 

Voici les chiffres du handicap en France, publiés lors de la conférence de presse de Philippe BAS, Ministre délégué à la Sécurité sociale, aux Personnes âgées, aux Personnes handicapées et à la Famille, le 9 février 2006 :
5 millions de personnes handicapées en France, dont 2 millions de personnes à mobilité réduite (8,3% de la population)
30% des déficiences motrices sont d’origine accidentelle
1 actif handicapé sur 3 est au chômage
Le nombre de personnes (âgées + handicapées) en situation de déficience motrice est estimé à 7,4 millions
850 000 personnes souffrent de la maladie d’Alzheimer et 225 000 nouveaux cas se déclarent chaque année
On compte actuellement environ 7500 étudiants handicapés
104 500 élèves en situation de handicap sont scolarisés dans le premier degré (2005)
4,092 millions de personnes sont atteintes de déficience auditive dont 80 000 pratiquent la langue des signes, 600 000 personnes malentendantes portent un appareil de correction auditive
207 000 personnes sont aveugles ou profondément malvoyantes.
L’espérance de vie des personnes porteuses de trisomie 21 est passée en 15 ans de 25 à 49 ans (en 2002) et leur longévité progresse de 1,7 an par an.
80 000 personnes sont autistes.

Le handicap étant une situation pouvant toucher la totalité des individus, sous des formes multiples et à des degrés différents, les préjugés sur le handicap devraient porter sur la maladie ou le handicap lui-même. Pourtant, il n’en est pas uniquement ainsi : d’abord, le handicap représente l’image même du malheur, les handicapés étant perçus avant tout comme des victimes du destin ; un poids pour la société ; des individus dont la fin de vie (voire la vie même, dans certains cas) peut être « indigne » (puisque l’euthanasie est présentée comme une récupération d’une dignité compromise).
Il est assez intuitif de comprendre les deux premiers points en pensant, par exemple, aux préjugés entourant souvent les enfants trisomiques : cette erreur de duplication, due à des causes encore inconnues (l’âge de la mère n’étant un facteur ni suffisant ni constant dans l’apparition du syndrôme), cause plusieurs handicaps plus ou moins sévères, dont font partie des déficiences cardiaques, motrices (notamment pour la motricité dite « fine » des mains et des doigts), structurelles (déformations faciales et corporelles), ainsi qu’un retard mental plus ou moins prononcé. Bien que ce handicap soit parmi ceux qui présentent une fourchette de gravité des plus larges – allant d’une dépendance totale à un constat médical invisible ou presque à l’œil nu, il s’agit d’un exemple de malheur aux yeux de la société extrême pouvant toucher un couple de parents. De plus, il est un exemple également de l’ambiguïté et l’hypocrisie des réactions collectives, puisqu’il attire des préjugés positifs (les enfants trisomiques seraient alors très doux et affectueux) tout en transformant la compassion en suspicion voire condamnation dès lors qu’un tel enfant serait un choix (adoption, fratrie malade, refus d’interruption de grossesse après résultat positif du test).
Pour ce qui est de l’euthanasie, il faut séparer sa pratique (plus ou moins justifiée) de sa justification culturelle ; en prenant le cas récent de Chantal Sebire, touchée par un cancer incurable aux sinus qui lui déformait le visage de manière impressionnante et qui lui provoquait de telles douleurs qu’elle en arrivait à changer de personnalité, l’euthanasie n’est autre que le suicide d’une personne lucide et malheureuse, qui demande par ce biais d’être aidée dans le geste fatal et éviter une mort violente. Quoi qu’on pense de cette demande, on peut s’interroger d’une part sur la place de la dignité dans la mort et la vie, et sur les liens que la douleur et sa perception entretiennent avec la question de la dignité.
Alors même qu’affronter une douleur légère à modérée est perçu dans notre société comme le signe d’un esprit et d’un corps forts, voire sexuellement désirables (pensons aux tatouages, aux piercing, à certaines cicatrices, aux pratiques sexuelles sado-masochistes), lorsque cette douleur dépasse le stade du supportable pour le sujet elle devient signe d’une exclusion du monde des « sains », d’un basculement dans la catégorie médico-sociale des « malades », et ce que la douleur soit physique ou morale. Pourtant, une fois les traitement de la douleur (soins analgésiques, soins palliatifs, antidépresseurs, etc.) ont épuisé leur efficacité, les douleurs morales tombent dans la catégorie des faiblesses des l’esprit voire des maladies psychiques, alors que les douleurs physiques appellent à l’euthanasie. La dignité étant assimilée à un degré de santé et d’équilibre préétabli, la mise à l’écart de la société (pour les douleurs morales) et de la vie elle-même (pour les douleurs physiques) correspond à un retour à la normale de la société.
Encore une fois, il ne s’agit pas ici de juger de la justesse du recours à l’euthanasie dans un cas donné, mais de s’interroger sur les motivations qui introduisent et, par leur présence même, imposent cette pensée à tous ceux qui sont aux prises avec la douleur.

Le handicap, par ailleurs, comprend à la fois les handicaps classés comme tels et les maladies ; il s’agit notamment les maladies dites « sociales » comme l’anorexie, l’obésité, le Sida – objet d’une catégorisation négative dans l’imaginaire collectif, bénéficiant d’encore moins de compréhension que les handicaps résultants uniquement d’une causalité « passive ». Pourtant, on pourrait se demander en quoi une conduite irresponsable qui conduit à une paralysie serait-elle moins condamnable qu’une relation sexuelle non protégée qui conduit à une contamination au VIH, d’autant plus que la première représente un risque pour d’autres que la seconde, en tant que telle, exclut.
Les discriminations à l’œuvre contre les handicapés et les malades sont si nombreuses qu’il ne sera pas utile de les énumérer ici ; on peut penser à certaines affiches contre la diffusion du VIH, et analyser les sous-entendus parfois insultants pour les malades qu’ils présentent pourtant en totale bonne foi ; nous nous bornerons à certains exemples, plus précis que d’autres.
Ainsi, on mentionnera le refus d’immigration en Australie essuyé par le médecin allemand Bernhard Moeller, son épouse et ses trois enfants, ,leur plus jeune fils étant trisomique et représentant donc un « poids financier » trop lourd selon les Autorités ; la modification au Canada de la réglementation « une personne, un tarif » obligeant désormais les transporteurs à accorder gratuitement un siège supplémentaire aux personnes handicapées ou obèses qui en font la demande ; les interdictions de prendre un crédit à la consommation, d’entrer aux États-Unis, d’adopter un enfant pour les séropositifs ; et ainsi de suite.

Certaines histoires « positives » ont souvent touchées l’opinion publique, telle celle d’Oscar Pistorius (né en 1986 à Pretoria, amputé des deux jambes à 11 mois, champion du monde aux Jeux Paralympiques 2008 aux 100, 200, 400 m, frappé en 2008 d’une interdiction par la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) de concourir avec des valides aux JO car il serait trop avantagé par ses prothèses, alors même qu’il ne pouvait plus courir avec les non valides pour les mêmes raisons) ; celle de Jessica Cox (née sans bras en Arizona, en 1983, totalement indépendante, ceinture noire de Taekwendo à 14 ans, diplômée, conduisant sans restrictions une voiture, et désormais pilote d’avion).
Un exemple tout aussi intéressant est celui du concours de beauté Miss Landmine (« miss mine antipersonnelle »), dont on parle ailleurs sur ce blog.

Si le handicap exclut, aux yeux des valides, de la société, de la beauté, des rapports interpersonnels normaux (cf. la publicité de l’ANHL), qu’en est-il d’autres droits et domaines de la vie ? Le site Andy.Fr, qui conseille les handicapés et leurs familles sur les aménagements publics et privés, la mode, les transports, les jouets, mais également la sexualité, présente une question très intéressante sur les droits « intimes » des handicapés et des malades : si le droit à l’intimité fait son chemin et implique des soins personnels plus respectueux et pudiques qu’auparavant, si le droit à la procréation est également de plus en plus reconnu, le droit à la jouissance reste tabou dans notre société.
Comment prendre en compte ce droit, comment combler cette incapacité pratique lorsque son besoin devient tout aussi présent que chez les valides ?

Une réponse, étonnante de justesse et de puissance, est celle du film Nationale 7. A voir, revoir, montrer, acheter, transformer en drapeau comme (voire mieux que) « Welcome », l’année dernière…

 

PS Merci à Isa et Staral, qui m’ont inspiré le titre de cet article grâce à leur trouvaille sur Google…

 

©  texte protégé, 2009, rdl

 

 

Publié dans:handicap, nous et vous, prejuges |on 3 septembre, 2009 |Pas de commentaires »

Les regards mis à nu…

 

Des calendriers à découvrir:

Des sportifs qui font rêver…

http://sd-1.archive-host.com/membres/up/2079154290/Calendrier_Zandis_Nu_2007_86.pdf

 

Des amoureux, qui ne font pas moins rêver…

http://calhandis.com/index.php?ref=acceuil

 

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Un prix pour les Integrés de la République

 

 

Quelques extraits du texte intitulé « Nous ne sommes pas des modèles d’intégration », publié  le 11 septembre 2008 par le collectif Les Rageuses (http://lesrageuses.blogspot.com/) à propos du Prix de l’Intégration:

 

« Le Ministère de l’Immigration, de l’Intégration et de l’Identité Nationale vient tout juste de créer, par arrêté, un «prix de l’intégration» (3000 euros de «gratification financière»  en vue de le décerner à ceux «ayant accompli un parcours personnel d’intégration ayant une valeur d’exemplarité de par son implication dans la vie économique, sociale, associative, civique, environnementale, culturelle ou sportive» (Arr. 16 juin 2008, NOR : IMIK0814398A : JO, 26 juin).

 

Nous refusons, par avance, ce type de distinction qui n’est pas sans rappeler la figure coloniale de «l’évolué», chargé d’assurer la médiation entre les «civilisateurs» et la masse indigène à «civiliser». Le fait même que ce prix soit attribué «sans condition de candidature» montre bien qu’il s’agit là d’un rôle qu’on nous fait tenir à notre corps défendant. Nous, issu-e-s de l’immigration postcoloniale, des quartiers dits «sensibles», descendant-e-s d’esclaves, refusons que soient instrumentalisés nos parcours personnels, nos réussites scolaires, sociales ou professionnelles, ou encore notre maîtrise de la langue française et de la culture «légitime», en vue de mieux stigmatiser ceux des nôtres qui ont pris d’autres chemins relevant moins de «la bonne intégration».

Nous, les «miraculé-e-s», ne voulons pas cautionner le «modèle français d’intégration» fondé sur un illusoire «quand on veut, on peut»: notre propre expérience, comme celles de nos proches, nous montre que nombreux sont les nôtres qui veulent, et ne font pas que vouloir, qui font (et plutôt deux fois plus que les autres) mais ne peuvent pas abattre seuls le mur d’une discrimination systémique (à l’emploi, au logement, etc.) et n’ont peut-être pas eu, comme nous, la chance de pouvoir profiter d’une des rares brèches de ce mur.

Par ailleurs, notre réussite ne tombe pas sous le sens, elle n’est que tolérée. Cette réussite est soumise, plus que pour d’autres, à l’excellence: nos parcours, et ceux des nôtres, nous montrent combien nous n’avons pas le droit à l’erreur et il suffit du moindre écart, de la moindre faute, pour nous voir ramené-e-s à « nos origines ». Et lorsque une « anomalie » entache le parcours d’un des nôtres, elle n’est pas jugée comme purement individuelle, comme pour d’autres, mais sert, trop souvent, à jeter le discrédit sur toute une communauté (ethnique ou religieuse).

[...]

Nous ne sommes pas à vendre. Et s’il existe un prix à payer afin d’obtenir notre respect, il ne s’agit ni de ces 3000 euros, ni de médailles en chocolat mais, notamment, de la mise en place d’une véritable politique publique (assortie de moyens conséquents) contre les discriminations qui existent massivement que ce soit à l’embauche, au logement, dans l’accès aux loisirs, dans les médias, dans la représentation politique, dans les pratiques policières ou judiciaires. »

 

© collectif « Les Rageuses » – Disponible en version intégrale ici: http://lesrageuses.blogspot.com/search/label/Manifeste%3A%20%22Nous%20ne%20sommes%20pas%20des%20mod%C3%A8les%20d%27int%C3%A9gration%22

J’ajoute uniquement (pour l’instant!) une autre citation – de Kant cette fois-ci:

Tout a un prix ou une dignité;

et ce qui n’a pas de prix, ce qui par conséquent ne peut pas être remplacé

par quelque chose à titre d’équivalent,

 

c’est justement ce qui a une dignité.

Jessica Cox

BD de Quino (Mafalda) :

Le racisme est une chose que je ne peux pas comprendre ! Je trouve monstrueux de considérer qu’il y a des êtres qui sont inférieurs, simplement parce qu’ils ne sont pas comme nous. Ils ont déjà ce handicap !  

 

 

Jessica Cox, née sans bras, ceinture noire de Taekwendo e pilote d’avion…

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Publié dans:beaute, femmes, handicap, prejuges |on 3 janvier, 2009 |Pas de commentaires »

Tout ce qui est noir…

 

Le préjugé a pour finalité de maintenir les distances sociales: il ne s’agit pas d’un comportement agressif, mais d’une attitude conservatrice. Le préjugé apparaît alors non pas lorsque des intérêts économiques sont menacés, mais quand ce sont les situations sociales qui risquent d’être mises en cause.

R. E. Park, Race and Culture. Social Science against racism, Glencoe, Free Press, 1950.

 

 

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Publié dans:images, langage, nous et vous, politique, prejuges |on 30 novembre, 2008 |Pas de commentaires »

Qui aime bien, châtie bien…?

 

« [Dans le cadre d'une expérimentation scientifique,] des hétérosexuels ont été exposés aux stimuli érotiques sexuellement explicites de vidéos mettant en scène des hétérosexuels, des gays et des lesbiennes, et les changements de la circonférence de leur pénis ont été surveillés. Seuls les homophobes ont montré une augmentation de leur érection en réponse à des stimuli homosexuels masculins. »

Source: http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/8772014

(merci [moi]: http://www.blogdemoi.com/2006/12/07/je-me-disais-bien/)

 

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Publié dans:homophobie, nous et vous, prejuges |on 16 juillet, 2008 |Pas de commentaires »

Vous les femmes, vous les homosexuels…

C’est toujours drôle d’attraper une conversation envenimée en cours de route, et d’essayer de comprendre qui est l’objet des accusations; comme dans un roman policier, on échafaude des hypothèses et, parfois, on a le bonheur de se tromper.

Ainsi, on s’amuse à reprendre les reproches faites à la radio ou au jazz et à les appliquer à la télé ou au rap… Ou que les motivations homophobes recouvrent les motivations sexistes. Que reproche-t-on aux femmes dites « modernes » et aux homosexuels (qui, comme on le disait dans un post précédent, sont « inévitablement » modernes)? Eh bien, la même chose. Ou, plutôt, les mêmes trois choses:

1- Le refus de la tradition et de la famille

En effet, celles qu’on appelle « féministes » dès l’aube de l’émancipation féminine semblent d’abord refuser le rôle qui est le leur dans l’organisation familiale ; elles quittent leurs tâches traditionnelles à la maison, voir la maison elle-même, pour brider des rôles traditionnellement masculins (le travail) ou pour les soustraire à la dimension accessoire et en faire le centre de leur univers (l’amitié, l’art et la littérature, voire les occupations domestiques elles-mêmes, qui sortent de la sphère privée pour devenir un métier ou une passion à part entière). Ce qu’on reproche à la femme qui s’émancipe, ce n’est pas tant le fait d’ajouter à son rôle des activités supplémentaires, mais plutôt d’en faire le centre de sa vie et de son activité, et de nier donc une centralité unique à la famille et à l’homme.

Pour les homosexuels, les accusations sont les mêmes : qu’ils soient hommes ou femmes, « niant » l’organisation familiale traditionnelle, ils nient la centralité du rôle masculin dans la société civile. Du moment où les rôles de genre ne sont plus présents tels que la tradition les établit, on craint une subversion du modèle identitaire commun.

2 – Le refus de l’unité identitaire et culturelle

Ce modèle identitaire commun se fonde tout d’abord sur la binarité sexuelle (on est totalement homme ou on est totalement femme) et sur la complémentarité des rôles attribués aux sexes ; la stabilité sociale est mise à mal par des identités qui ne remplissent pas de la même manière les rôles qu’on leur attribue. Il s’agit d’ailleurs d’une réaction que nous partageons tous plus ou moins, car notre culture et notre sensibilité personnelle se fondent aussi sur la culture sociale qu’on nous a transmis ; ainsi, nous ne portons pas le même regard sur homme ou sur une femme – et c’est inévitable et parfois même très riche : nous ne sommes pas tous pareils, les hommes sont différents des femmes et ils s’enrichissent de leurs diversités, mais à condition que ces diversités soient libérées de toute hiérarchisation ou cantonnement à un rôle plutôt qu’à un autre. Dès lors qu’on établit des rôles à tenir, on éduque les individus en vue de ces rôles et on y fonde des traditions qui construisent une identité collective aux dépens de ceux qui ne s’y reconnaissent pas. La culture collective et sociale nie donc souvent avec violence les particularités et, ce faisant, elle nuit indirectement à tous ces membres, car nous sommes faisons tous à un moment ou à un autre partie d’une minorité au sein de la majorité.

Le changement de repères que l’affirmation de sa diversité impose est vécu, dans le cas des féministes comme dans celui des homosexuels, comme une subversion de l’équilibre identitaire commune.

3 – Le refus d’une sexualité « normale »

Enfin, la condamnation la plus forte et la plus ambiguë est celle du refus de la sexualité dite normale. Ainsi, la sexualité hors du mariage (qui découle pour les féministes de la nouvelle liberté acquise, et pour les homosexuels de l’absence du mariage) implique le refus du partenaire sexuel unique en tant qu’obligation ; toutefois, on pourra remarquer que, d’un côté, le fait d’être féministe et/ou homosexuel n’exclut pas du tout le choix d’un partenaire sexuel et/ou sentimental unique pour toute la vie ; d’ailleurs, les hommes hétérosexuels qui font ce choix sans y être poussés par la société le prouvent. De l’autre côté, cette obligation sociale a toujours épargné les hommes hétérosexuels, étant une preuve de plus de la hiérarchisation sociale du genre. La condamnation de tout acte sexuel non finalisé à la procréation procède de cette même hiérarchisation, quoique elle ait subi des évolutions énormes au fil des siècles : le recours à la prostitution pour les hommes hétérosexuels, l’effacement de l’onanisme (la masturbation) de la liste des perversions en 1887, les combats gagnés par les féministes comptent parmi les exemples des « dérogations » accordées ; toutefois, les femmes et les homosexuels sont encore fortement critiqués par la société à cause de cette sexualité inspirée du plaisir et non de la procréation. Enfin, le sous-entendu de liberté sexuelle débridée accompagne le regard porté sur les féministes et sur les homosexuels, avec en plus pour ces derniers une définition de la sexualité comme facteur identitaire premier. Or, la sexualité occupe bien sûr une partie essentielle de notre vie à tous, mais l’identité d’une personne ne se réduit pas à elle, dans aucun cas ; les homosexuels sont au contraire identifiés en premier lieu par leur objet de désir sexuel.

Alors que nous sommes tous censés être hétérosexuels et que nous ne devons donc pas annoncer nos désirs à notre famille, à notre supérieur ou à nos amis, un homosexuel se trouve très vite confronté à un choix : la clandestinité ou l’annonce, les deux ayant des conséquences importantes et peu prévisibles dans la vie quotidienne et dans les relations avec l’entourage, même le plus intime. De là naît aussi, avec l’exposition à différents types de discrimination, un sentiment de révolte et de revendication, y compris politique.

Bien sûr, cet éventuel engagement social et/ou politique, ce « besoin de manifester », est également la cible des reproches de la part des « autres »… Mais c’est une autre histoire…

© texte protégé, 2008, rdl

 

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Publié dans:femmes, homophobie, prejuges |on 15 mai, 2008 |2 Commentaires »

Réfugiés de l’Homophobie

 

Mon titre reprend celui de l’article paru dans Libération aujourd’hui (http://www.liberation.fr/transversales/grandsangles/326146.FR.php); les réfugiés en question sont des jeunes bannis par leurs familles une fois leur homosexualité révélée (volontairement ou pas). Après un parcours plus ou moins long, plus ou moins chaotique, plus ou moins chanceux, ils atterrissent dans ce centre d’hébergement qui les aide à réorganiser un quotidien soudainement brisé.

Que dire? Plein de choses, évidemment, sur l’absurdité de l’homophobie, du rejet, de la violence et des préjugés; mais, une fois de plus, il est bien plus facile de répondre aux attaques qu’aux défenses ambigües. Au propre et au figuré, on est parfois armé contre les agressions, on l’est rarement contre les caresses déplacées.

Ainsi, je lis le commentaire d’un lecteur de Libération sur le site:

« Je pense que la comparaison entre les femmes battues et les homosexuels rejetés par leurs parent est franchement maladroite car les ados homos ne choisissent pas leurs parents. Je sais qu’après une enfance sous diverses humiliations et de discriminations, une fois adulte le gay a plus de chance de s’épanouir dans sa sexualité car plus riche et variée. Avec la crise économico-sociale l’hypergamie plonge de plus en plus d’hétéros hommes dans la frustration et la disette. Les homos, malgré les clichés remplis d’envie , sont nettement plus ouverts, tolérants, raffinés, cultivés que ses pairs hétéros. Les couples hétérosexuel sont d’une banalité affligeante qu’ils relèguent l’amour en un mot galvaudé ».

Visiblement davantage outré par le parallèle établi par un autre lecteur entre ce centre d’hébergement et ceux qui accueillent les femmes battues, il le refuse au nom du choix: on ne choisit pas un parent homophobe, on choisit un mari violent. Cette évidence est déconcertante. Ainsi, les femmes battues seraient les victimes d’un choix, puisque les hommes qu’elles ont aimés étaient bien évidemment constamment, anciennement, visiblement et inévitablement violents avant que l’amour les lie à eux, puisqu’on sait bien que les criminels, les personnes violentes et les monstres sont exclus par nature des évolutions et des imprévus que connaissent les « hommes normaux », et ne vivent des histoires d’amour que par erreur.

Deuxième évidence: la sexualité homosexuelle, « naturellement » plus riche et variée, permet un épanouissement que les freins, la banalité et la pauvreté des amours hétérosexuels interdit. Bien évidemment, tout bon hétérosexuel se contente d’une relation de survie, rêvant en secret aux banquets sexuels infiniment délicieux que l’homosexualité, avec sa fantaisie débridée et sa liberté heureuse, réserve derrière la palissade. Ceux qui ont eu la chance et le courage de suivre leurs goûts seront récompensés; ceux qui sont restés enchaînés à leur envie ringarde de l’autre sexe repasseront.

Troisième évidence: les jeunes homosexuels passent inévitablement par des humiliations, qui aboutissent inévitablement par le développement d’une personnalité plus ouverte, tolérante, raffinée et cultivée. Être homosexuel, à condition de serrer les dents quelques temps, est finalement l’occasion rêvée d’échapper aux chaînes du monde, d’acquérir une humanité interdite aux hétérosexuels, d’accéder à une noblesse et une culture qui en feront l’élite du genre humain. Héroïques, ils guideront les foules, un jour, comme le Messie.

Cette vision des choses est une somme d’équivalences aberrantes qui me semblent plus affligeantes encore que les attaques homophobes. Comment affronter l’embarras d’être défendu par quelqu’un qui nous demande ensuite, souriant et confiant, d’être un être supérieur? Quand est-ce qu’on arrêtera de répondre aux humiliations par l’humiliation des autres? J’ai envie de proposer une minute de silence pour les souffrances des femmes battues par des hommes dignes d’amour, des homosexuels monogames ou peu cultivés ou qui n’aiment pas le shopping, des victimes qui ne sont pas devenus des héros, des hétérosexuels bornés qui tremblent de plaisir avec leurs amant(e)s – mais je suis bête, ils n’existent pas.

Dans la même série:

« T’es lesbienne?! Génial! »

« T’as couché avec un Noir? Ah, la chance! »

« T’es colombienne? Tu peux m’apprendre la Salsa? »

© texte protégé, 2008, rdl
http://www.dailymotion.com/video/xmyc9

Publié dans:homophobie, nous et vous, prejuges |on 14 mai, 2008 |2 Commentaires »

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