Les mots opaques – par L.P.

 

 

 

Celui qui dit « et pourtant je suis de gauche »,

est de droite.

Celui qui dit « je ne suis ni de droite ni de gauche »,

est de droite.

Proverbe assyrien.

Avant de vous soumettre ma réflexion sur l’usage démagogique du langage, à travers une rapide analyse des termes-clés, je voudrais dire qu’il s’agit d’une analyse strictement linguistique, vouée à montrer comment les mots puissent subir des déformations sémantiques capables d’orienter le jugement des personnes. Je délaisserai donc volontairement de m’aventurer dans les enjeux politiques du problème, laissant à vous tous la tâche d’en tirer quelques conclusions.

Il y a quelques jours je lisais sur le Corriere della Sera que Francesco De Gregori (chanteur compositeur italien très connu, NdT), interrogé sur des problèmes étroitement liés à l’actualité, aurait affirmé que Berlusconi pourrait même finir par être un avantage pour l’Italie, à condition qu’il procède à une modernisation du Pays. J’utilise le conditionnel car je en me souviens pas de la source de cette citation et parce qu’elle n’est pas littérale, mais correspond plutôt à ma propre synthèse. Cela dit, ce n’est pas très important de toute manière, car on ne discute pas ici l’opinion de De Gregori (un de mes élèves de seconde particulièrement brillant m’a dit, il y a quelques années, que les chanteurs compositeurs ne peuvent pas devenir des « maîtres à penser »), mais le mot qu’il a – aurait – utilisé : modernisation.

La « modernisation ». Les représentants de la droite la plus agressive veulent « moderniser l’Italie ». L’opposition veut au contraire « moderniser ce Pays » (l’utilisation de l’adjectif démonstratif n’est pas à sous-estimer, car il sert à donner une connotation émotive, et qui induit l’illusion que ce Pays on puisse presque le tenir dans la main, comme un objet précieux ou un cœur de poulet). Tout le monde veut, de toute manière, « moderniser ». Mais « moderniser » est précisément un « mot opaque », un mot qui ne laisse pas transparaître son contenu effectif et pénètre comme un cheval de Troie dans la conscience de ceux qui écoutent. Qu’est-ce que ça veut dire, « modernisation » ?

Il faut d’abord ce demander : est-ce qu’on peut être contre la « modernisation » ? Si on est contre la modernisation, c’est qu’on est pour le retour au passé, pour ce qui est arriéré, pour le reconstitution d’une condition antérieure. Selon une conception largement partagée du progrès, cela équivaut à un détérioration – à moins que cette reconstitution d’un passé plus ou moins éloigné ne s’inscrive dans un projet idéologique particulier – et, donc, la modernisation est une amélioration. Il est donc prouvé que, si quelqu’un veut « moderniser l’Italie » (ou « ce Pas »), on ne peut raisonnablement qu’être d’accord. Ce mot évoque l’idée d’administrations plus efficaces, de délivrance de documents plus rapide, de fantasmagoriques services télématiques et d’autres facilités.

Les jeux sont faits. Si on applique l’étiquette de la modernisation aux réformes invoquées ou réalisées par un parti politique, leur possibilité d’être partagées augmente – chez l’observateur distrait, bien sûr – de manière remarquable. Si ensuite on arrive à appliquer l’étiquette spéculaire de « ancien » à des idées et des pratiques du parti contraire, l’effet est redoublé grâce à une utilisation savante de la dérision.

Il faudrait de pas grande chose pour comprendre que moderniser signifie à peu près « démanteler » certains droits et valeurs, s’en dégager et avoir les mains libres. Mais j’avais promis de ne pas m’aventurer dans les enjeux.

L’autre expression « opaque » sur laquelle j’aimerais attirer votre attention est la suivante : « faire les réformes ». Un gouvernement qui « fasse les réformes » ; « il faut des réformes structurelles » ; « se mettre au travail et faire les réformes ensemble ». Le mot « réforme » aussi est associé de manière évidente à l’idée d’amélioration. Sauf que, seul, il ne signifie rien. « Faire les réformes » sans préciser de quelles réformes parle-t-on est tout simplement une imposture, parce qu’on utilise la pratique linguistique du sous-entendu. Il est inutile de se perdre en détails, on sait tous quelles sont le réformes nécessaires, pourquoi s’attarder sur des précisions ? On crée ainsi l’illusion d’un partage ample et solide. Sous l’étiquette opaque de « réforme » on peut ainsi faire passer, en contrebande, n’importe quel coup de main. Ainsi, grâce à la « réforme électorale », ceux qui coassent sur la nécessité de « rapprocher la politique aux gens » enlèvent à l’électeur la possibilité de choisir les candidats. Mais voilà, j’ai à nouveau mis les pieds dans le plat…

Le fait d’insister sur la nécessité des réformes a un autre et très intéressant corollaire. Il provoque un alarme générique sur un état tout aussi générique de décadence à laquelle les réformes, et rien que les réformes, peuvent trouver une solution. Cet état d’alarme est permanent. De la « table ronde des réformes » (l’adjectif « institutionnelles » a été oublié à temps), j’en entends parler depuis ma désormais lointaine enfance. En général, l’appel aux réformes est l’apanage de personnalités considérées comme étant « compétentes », de techniciens et économes qui de leur perchoir sont autorisés à nous communiquer que, à titre d’exemple, nous allons travailler jusqu’à l’âge de 90 ans. Mais il s’agit, justement, d’une réforme, et en tant que telle est ne peut qu’être salutaire.

Les mots et les expressions opaques sont facilement reconnaissables : en général, elles sont incontestables en tant que telles, inattaquables, et elles apparaissent de manière insistante sur les lèvres des présentateurs des journaux télévisés, avec une fixité des vocables suspecte. Elles fonctionnent comme des molécules vecteurs, elles véhiculent des grumeaux d’idées et de convictions vers les consciences de ceux qui écoutent. Il en existe des négatives, aussi : le mot « idéologie », par exemple. Le mot indique simplement un système d’idées et de valeurs, et sur un plan théorique il n’est ni négatif, ni positif en soi. Toutefois, l’idéologie est, dans l’imaginaire courant, toujours négative, parce qu’elle subit inévitablement un glissement métonymique fatal (idéologie = idéologie X, Y – presque jamais Z) ; mais, surtout, un attribut de l’idéologie (ou mieux, des idéologies : quand on exprime ce préjugé, le pluriel est systématique) est d’avoir disparu. Faux : si par idéologie on entend un système d’opinions préfabriqué et homologuant, alors le signal le plus tangible de sa présence diffuse sont précisément les mots d’ordre répétées jusqu’à l’obsession. Dans tous les cas, l’idée d’une existence collective dépourvue d’idéologies est tout simplement ridicule, à moins qu’il ne s’agisse d’une colonie de mousses, chez lesquelles, on le sait bien, l’idéologie a peu de prise.

Luigi Pizzaleo, Le parole opache, 2008 – traduction RDL

 

Ce texte a été publié sur un blog politique ami (http://claframanpao.livejournal.com/tag/linguaggio), en italien.

texte protégé © RDL, 2008

Publié dans : langage, politique | le 5 juin, 2008 |Pas de Commentaires »

Vous les femmes, vous les homosexuels…

C’est toujours drôle d’attraper une conversation envenimée en cours de route, et d’essayer de comprendre qui est l’objet des accusations; comme dans un roman policier, on échafaude des hypothèses et, parfois, on a le bonheur de se tromper.

Ainsi, on s’amuse à reprendre les reproches faites à la radio ou au jazz et à les appliquer à la télé ou au rap… Ou que les motivations homophobes recouvrent les motivations sexistes. Que reproche-t-on aux femmes dites « modernes » et aux homosexuels (qui, comme on le disait dans un post précédent, sont « inévitablement » modernes)? Eh bien, la même chose. Ou, plutôt, les mêmes trois choses:

1- Le refus de la tradition et de la famille

En effet, celles qu’on appelle « féministes » dès l’aube de l’émancipation féminine semblent d’abord refuser le rôle qui est le leur dans l’organisation familiale ; elles quittent leurs tâches traditionnelles à la maison, voir la maison elle-même, pour brider des rôles traditionnellement masculins (le travail) ou pour les soustraire à la dimension accessoire et en faire le centre de leur univers (l’amitié, l’art et la littérature, voire les occupations domestiques elles-mêmes, qui sortent de la sphère privée pour devenir un métier ou une passion à part entière). Ce qu’on reproche à la femme qui s’émancipe, ce n’est pas tant le fait d’ajouter à son rôle des activités supplémentaires, mais plutôt d’en faire le centre de sa vie et de son activité, et de nier donc une centralité unique à la famille et à l’homme.

Pour les homosexuels, les accusations sont les mêmes : qu’ils soient hommes ou femmes, « niant » l’organisation familiale traditionnelle, ils nient la centralité du rôle masculin dans la société civile. Du moment où les rôles de genre ne sont plus présents tels que la tradition les établit, on craint une subversion du modèle identitaire commun.

2 – Le refus de l’unité identitaire et culturelle

Ce modèle identitaire commun se fonde tout d’abord sur la binarité sexuelle (on est totalement homme ou on est totalement femme) et sur la complémentarité des rôles attribués aux sexes ; la stabilité sociale est mise à mal par des identités qui ne remplissent pas de la même manière les rôles qu’on leur attribue. Il s’agit d’ailleurs d’une réaction que nous partageons tous plus ou moins, car notre culture et notre sensibilité personnelle se fondent aussi sur la culture sociale qu’on nous a transmis ; ainsi, nous ne portons pas le même regard sur homme ou sur une femme – et c’est inévitable et parfois même très riche : nous ne sommes pas tous pareils, les hommes sont différents des femmes et ils s’enrichissent de leurs diversités, mais à condition que ces diversités soient libérées de toute hiérarchisation ou cantonnement à un rôle plutôt qu’à un autre. Dès lors qu’on établit des rôles à tenir, on éduque les individus en vue de ces rôles et on y fonde des traditions qui construisent une identité collective aux dépens de ceux qui ne s’y reconnaissent pas. La culture collective et sociale nie donc souvent avec violence les particularités et, ce faisant, elle nuit indirectement à tous ces membres, car nous sommes faisons tous à un moment ou à un autre partie d’une minorité au sein de la majorité.

Le changement de repères que l’affirmation de sa diversité impose est vécu, dans le cas des féministes comme dans celui des homosexuels, comme une subversion de l’équilibre identitaire commune.

3 – Le refus d’une sexualité « normale »

Enfin, la condamnation la plus forte et la plus ambiguë est celle du refus de la sexualité dite normale. Ainsi, la sexualité hors du mariage (qui découle pour les féministes de la nouvelle liberté acquise, et pour les homosexuels de l’absence du mariage) implique le refus du partenaire sexuel unique en tant qu’obligation ; toutefois, on pourra remarquer que, d’un côté, le fait d’être féministe et/ou homosexuel n’exclut pas du tout le choix d’un partenaire sexuel et/ou sentimental unique pour toute la vie ; d’ailleurs, les hommes hétérosexuels qui font ce choix sans y être poussés par la société le prouvent. De l’autre côté, cette obligation sociale a toujours épargné les hommes hétérosexuels, étant une preuve de plus de la hiérarchisation sociale du genre. La condamnation de tout acte sexuel non finalisé à la procréation procède de cette même hiérarchisation, quoique elle ait subi des évolutions énormes au fil des siècles : le recours à la prostitution pour les hommes hétérosexuels, l’effacement de l’onanisme (la masturbation) de la liste des perversions en 1887, les combats gagnés par les féministes comptent parmi les exemples des « dérogations » accordées ; toutefois, les femmes et les homosexuels sont encore fortement critiqués par la société à cause de cette sexualité inspirée du plaisir et non de la procréation. Enfin, le sous-entendu de liberté sexuelle débridée accompagne le regard porté sur les féministes et sur les homosexuels, avec en plus pour ces derniers une définition de la sexualité comme facteur identitaire premier. Or, la sexualité occupe bien sûr une partie essentielle de notre vie à tous, mais l’identité d’une personne ne se réduit pas à elle, dans aucun cas ; les homosexuels sont au contraire identifiés en premier lieu par leur objet de désir sexuel.

Alors que nous sommes tous censés être hétérosexuels et que nous ne devons donc pas annoncer nos désirs à notre famille, à notre supérieur ou à nos amis, un homosexuel se trouve très vite confronté à un choix : la clandestinité ou l’annonce, les deux ayant des conséquences importantes et peu prévisibles dans la vie quotidienne et dans les relations avec l’entourage, même le plus intime. De là naît aussi, avec l’exposition à différents types de discrimination, un sentiment de révolte et de revendication, y compris politique.

Bien sûr, cet éventuel engagement social et/ou politique, ce « besoin de manifester », est également la cible des reproches de la part des « autres »… Mais c’est une autre histoire…

© texte protégé, 2008, rdl

 

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Publié dans : femmes, homophobie, prejuges | le 15 mai, 2008 |2 Commentaires »

réalité

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« CE QUI COMPTE LE PLUS POUR MOI »

Traduction:

Mon chat.

Je n’ai pas de chat.

 

 

Dessin réalisé par un jeune homme polonais, handicapé mental, pour l’exposition « Ce qui compte le plus pour moi », Cracovie, Pologne (automne 2005).

© texte et image protégés, 2008, rdl

Publié dans : handicap, images, nous et vous | le 14 mai, 2008 |Pas de Commentaires »

Réfugiés de l’Homophobie

 

Mon titre reprend celui de l’article paru dans Libération aujourd’hui (http://www.liberation.fr/transversales/grandsangles/326146.FR.php); les réfugiés en question sont des jeunes bannis par leurs familles une fois leur homosexualité révélée (volontairement ou pas). Après un parcours plus ou moins long, plus ou moins chaotique, plus ou moins chanceux, ils atterrissent dans ce centre d’hébergement qui les aide à réorganiser un quotidien soudainement brisé.

Que dire? Plein de choses, évidemment, sur l’absurdité de l’homophobie, du rejet, de la violence et des préjugés; mais, une fois de plus, il est bien plus facile de répondre aux attaques qu’aux défenses ambigües. Au propre et au figuré, on est parfois armé contre les agressions, on l’est rarement contre les caresses déplacées.

Ainsi, je lis le commentaire d’un lecteur de Libération sur le site:

« Je pense que la comparaison entre les femmes battues et les homosexuels rejetés par leurs parent est franchement maladroite car les ados homos ne choisissent pas leurs parents. Je sais qu’après une enfance sous diverses humiliations et de discriminations, une fois adulte le gay a plus de chance de s’épanouir dans sa sexualité car plus riche et variée. Avec la crise économico-sociale l’hypergamie plonge de plus en plus d’hétéros hommes dans la frustration et la disette. Les homos, malgré les clichés remplis d’envie , sont nettement plus ouverts, tolérants, raffinés, cultivés que ses pairs hétéros. Les couples hétérosexuel sont d’une banalité affligeante qu’ils relèguent l’amour en un mot galvaudé ».

Visiblement davantage outré par le parallèle établi par un autre lecteur entre ce centre d’hébergement et ceux qui accueillent les femmes battues, il le refuse au nom du choix: on ne choisit pas un parent homophobe, on choisit un mari violent. Cette évidence est déconcertante. Ainsi, les femmes battues seraient les victimes d’un choix, puisque les hommes qu’elles ont aimés étaient bien évidemment constamment, anciennement, visiblement et inévitablement violents avant que l’amour les lie à eux, puisqu’on sait bien que les criminels, les personnes violentes et les monstres sont exclus par nature des évolutions et des imprévus que connaissent les « hommes normaux », et ne vivent des histoires d’amour que par erreur.

Deuxième évidence: la sexualité homosexuelle, « naturellement » plus riche et variée, permet un épanouissement que les freins, la banalité et la pauvreté des amours hétérosexuels interdit. Bien évidemment, tout bon hétérosexuel se contente d’une relation de survie, rêvant en secret aux banquets sexuels infiniment délicieux que l’homosexualité, avec sa fantaisie débridée et sa liberté heureuse, réserve derrière la palissade. Ceux qui ont eu la chance et le courage de suivre leurs goûts seront récompensés; ceux qui sont restés enchaînés à leur envie ringarde de l’autre sexe repasseront.

Troisième évidence: les jeunes homosexuels passent inévitablement par des humiliations, qui aboutissent inévitablement par le développement d’une personnalité plus ouverte, tolérante, raffinée et cultivée. Être homosexuel, à condition de serrer les dents quelques temps, est finalement l’occasion rêvée d’échapper aux chaînes du monde, d’acquérir une humanité interdite aux hétérosexuels, d’accéder à une noblesse et une culture qui en feront l’élite du genre humain. Héroïques, ils guideront les foules, un jour, comme le Messie.

Cette vision des choses est une somme d’équivalences aberrantes qui me semblent plus affligeantes encore que les attaques homophobes. Comment affronter l’embarras d’être défendu par quelqu’un qui nous demande ensuite, souriant et confiant, d’être un être supérieur? Quand est-ce qu’on arrêtera de répondre aux humiliations par l’humiliation des autres? J’ai envie de proposer une minute de silence pour les souffrances des femmes battues par des hommes dignes d’amour, des homosexuels monogames ou peu cultivés ou qui n’aiment pas le shopping, des victimes qui ne sont pas devenus des héros, des hétérosexuels bornés qui tremblent de plaisir avec leurs amant(e)s – mais je suis bête, ils n’existent pas.

Dans la même série:

« T’es lesbienne?! Génial! »

« T’as couché avec un Noir? Ah, la chance! »

« T’es colombienne? Tu peux m’apprendre la Salsa? »

© texte protégé, 2008, rdl
http://www.dailymotion.com/video/xmyc9

Publié dans : homophobie, nous et vous, prejuges | le 14 mai, 2008 |2 Commentaires »

Miss-ing

« La beauté du monde, qui est si fragile, a deux arêtes, l’une de rire, l’autre d’angoisse, coupant le coeur en deux » (Virginia Woolf)

Que pensez-vous des concours de beauté? A quoi pensez-vous quand vous pensez aux concours de beauté?

Seize femmes, aux Etats-Unis, participent à un concours de beauté parce qu’elles sont laides: c’est Miss Swan.

Dix-huit femmes, en Angola, participent à un concours de beauté parce qu’elles sont mutilées: c’est Miss Landmine.

Les candidates de Miss Swan sont choisies pour leur laideur physique et leur mal-être psychologique; pendant trois mois, au cours desquels elles n’ont accès ni à leur entourage ni au miroir, elles font l’objet d’un programme de « relooking extrême » avant l’étape finale du concours, qui récompensera la « meilleure transformation ». L’émission joue ouvertement sur le lien prétendument « naturel » entre physique et détresse, comme si ce remodelage extrême du corps allait de pair avec le remodelage de l’esprit. La misère des candidates est réelle et sincère, comme leur espoir… et ceux du public aussi. Elles se confient les yeux fermés (littéralement) à des « professionnels » à qui on demande de les transformer en quelqu’un d’autre, physiquement et moralement. Ce qui les motive n’est pas de corriger un nez, de perdre des kilos ou de surmonter une angoisse, mais bien de devenir quelqu’un d’autre, et cette nouvelle image intérieure et extérieure est choisie par des « professionnels », pas par les candidates. Que reste-t-il des personnes qu’elles étaient? De leur peurs particulières, de leur manière particulière de se vivre, de ce qu’elles ont développé en réaction aux difficultés? En tout cas, tout est effacé – pas par elle, qui veulent juste disparaître, mais par une équipe qui vise et juge uniquement la transformation.Les Barbies obtenues, d’ailleurs, sont d’une beauté si banale, si lisse et artificielle, qu’elles sont transparentes – et si c’était là leur but inavoué?

Les candidates de Miss Landmine clament le même « droit à être magnifiques » que les candidates de Miss Swan, ce qui distingue les unes et les autres des candidates aux concours de beauté « classiques ». Miss Swan est « miss cygne », qui aurait oublié le vilain petit canard; Miss Landmine est « miss mine antipersonnelle », qui porte la marque de la violence. Elle a eu le pied, la jambe, la main, la peau arrachés par l’explosion imprévue d’une mine. Miss Landmine a failli disparaître; est-elle exclue de la beauté? Est-elle exclue de la transparence? Est-elle là, une fois pour toutes? Qu’expose-t-elle? Etait-elle belle, « avant »? Est-elle belle, « après »?

Miss Swan a effacé son histoire, Miss Landmine en avoue le souvenir.

©  texte protégé, 2008, rdl
misslandmine2.jpgmisslandmine.gifmisslandmine.gifmisslandmine3.jpgmisslandmine2.jpg

Publié dans : beaute, femmes, handicap, images | le 14 mai, 2008 |2 Commentaires »

Cent cultures? Sur un blog? Ah bon?

 

Cent cultures

Sans culture(s)

Sang culture

S’inculture

…tout ça, sur un blog? C’est ce qu’on va voir…

Un lieu commun qui n’en sera peut-être pas

un, pour découvrir, partager, regarder et se

passionner.

Fête du bruit! ;)

Publié dans : blog | le 14 mai, 2008 |Pas de Commentaires »
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